Réparer les vivants

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Maylis de Kerangal

publié chez Folio Gallimard, 2016.

« Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. »

Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de geste, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour. »

Simon Limbres, dix-neuf ans, est victime d’un accident de voiture, tôt le matin en rentrant d’une session de surf. Quand il arrive à l’hôpital, il est en état de mort cérébrale. Le docteur Révol et l’infirmière Cordélia Owl se retrouvent dans la délicate position de devoir annoncer aux parents du jeune homme que leur fils ne se réveillera pas. Mais il y a un autre enjeu : Simon était jeune et en très bonne santé. Il devient donc automatiquement un donneur d’organes potentiel…

A partir de ce moment-là, toute l’histoire va tourner autour de l’accord des parents de Simon, puis de la recherche de receveurs, et enfin les opérations finales de prélèvement et de réinsertion des organes dans d’autres corps.

Et puis, de temps à autres, on trouve quelques lignes, un paragraphe voire un chapitre entier sur la vie d’un des personnages du roman. Ces coupures dans le fil de l’histoire ne sont aucunement dérangeantes puisqu’elles sont bien amenées dans le récit. Au contraire, ces intermèdes nous soulagent. Elles nous libèrent de la tension présente tout au long de l’histoire. La vie sexuelle et affective de Cordélia, la passion amoureuse entre Simon et Juliette, la réaction de Sean et Marianne, les parents du défunt, les pensées des deux médecins Révol et Rémige qui sont confrontés à la mort et au désespoir des proches tous les jours… Toutes ces interludes nous laissent finalement respirer, tout en faisant avancer l’histoire.

Cette histoire, c’est celle d’un changement de corps, finalement. On suit les organes de Simon du début à la fin. Mais plus que jamais, ce roman interroge l’actualité et les questions éthiques et morales que posent le don d’organe. Une personne qui ne s’inscrit pas au registre des refus de dons devient automatiquement donneur. Les médecins le savent et essayent au maximum de convaincre les proches des défunts. Il faut user de stratégie, de pédagogie et surtout montrer que l’on comprend la douleur, pour finalement obtenir un oui. Et puis, à partir du moment où l’accord est donné, tout s’enchaîne. Il faut se dépêcher. Le lecteur ressent l’empressement au travers de l’écriture de l’auteur, qui manie à la perfection les mots et les subtilités de la langue française.

Ce qui m’a plût dans ce roman, c’est vraiment l’écriture. Le style très particulier mais pourtant harmonieux de Maylis de Kerangal nous transporte réellement dans l’histoire. Le fond et la forme se confondent totalement. Je ne verrais pas la même histoire racontée sans toutes ces métaphores, ces ruptures syntaxiques, ces dialogues non indiqués. Les mots parfois techniques, souvent très incompréhensibles pour le commun des mortels nous plongent dans la même situation que les parents de Simon. Si eux ne comprennent rien face au langage des médecins, nous n’en savons pas plus.

Je vous laisse découvrir ce roman, et revenez me donner votre avis ! 

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3 commentaires sur « Réparer les vivants »

    1. Je ne peux que te le conseiller ! Par contre sois prévenue du style assez particulier de l’auteure, ça peut déranger un public non averti ! Mais je pense qu’il faut préserver si le style ne plait pas au premier abord parce que le livre en vaut vraiment le coup!

      Aimé par 1 personne

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