Baïkal-Amour

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Olivier Rolin, 

Publié aux Editions Paulsen, 2017.

« Cinq mille kilomètres en train, au cœur du continent sibérien jusqu’aux rives du Pacifique. Cinq mille kilomètres le long de la Grande ligne Baïkal-Amour, l’autre chemin de fer transsibérien, et au-delà du détroit de Tartarie, jusqu’à l’île de Sakhaline et au souvenir de Tchékhov, qui y alla visiter le bagne en 1890.

Des villes de pionniers à demi abandonnées dans l’immensité, des vies si humaines qui ne savent plus où elles vont, la mémoire enfouie mais ineffaçable des centaines de milliers de déportés qui construisirent cette ligne et ces villes au prix de leur vie, la grandeur et le malheur, la mélancolie russe…

Il y a tout cela dans ce livre que traverse pourtant, né de l’espace sans bornes, un sentiment de liberté. »

Vous aussi, vous adorez voyager bien au chaud dans votre canapé ?

C’est ce que nous propose Olivier Rolin avec Baïkal-Amour : une traversée du continent Sibérien, à bord du Baïkal Amour Magistral. De Krasnoïarsk à Sovietskaïa Gavan, puis la traversée du Détroit de Tartarie pour visiter l’île de Sakhaline, Olivier Rolin et son interprète Valéry effectuent un voyage de cinq mille kilomètres en train, sur les traces d’autres écrivains-voyageurs, de personnes historiques et politiques.

Avec un style fluide et très agréable, entre humour et descriptions de paysages, l’auteur nous fait réellement voyager avec lui. Nous aussi, dormons dans les couchettes un peu rudimentaires des koupé (compartiments) du Baïkal Amour Magistral (BAM), nous aussi rencontrons ces personnes, marquées par la vie, par le travail manuel et par les accidents meurtriers qui ont fragmenté la construction des rails. Nous aussi, apprenons la langue slave aux côtés de l’écrivain, grâce à l’aide précieuse de Valéry.

Dans cet immense espace quasi-vierge, le long du Fleuve Amour, nous découvrons les ravages de la Terreur, la mort de milliers de déportés lors de la construction de ces rails qui emmènent aujourd’hui des centaines de voyageurs. Grâce au franc-parlé et à la nonchalance dont fait preuve l’auteur, les personnes qui partagent sa couchette et son wagon, se confient  à lui sans peur. On voit à quel point les politiques d’avant et d’après-guerre et leurs idées ont marqué les esprits.

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Lors de ma chronique sur Sylvain Tesson, j’avais déprécié les trop nombreuses citations et références à d’autres écrivains. Pourtant, c’est grâce au roman Sur les chemins Noirs que j’ai rencontré pour la première fois Olivier Rolin. J’ai mis beaucoup de temps à me lancer dans la lecture de Baïkal-Amour, par peur de retrouver ce style que je trouvais trop pompeux, trop prétentieux, trop érudit. Pourtant, rien de tout cela. Même si l’auteur fait lui aussi de nombreuses références, il prend le temps de les expliquer, de citer, et de comparer ses propres impressions à celles qu’il évoque.

Le lecteur voyage, à la fois dans le temps et dans l’espace. Olivier Rolin agrémente ses descriptions avec les impressions d’auteurs comme Tchékhov, Borges et encore bien d’autres. Il place sur un pied d’égalité ces écrivains connus et les personnes « anonymes » qu’il rencontre tout au long de son voyage. Ainsi, les noms des guides, des conducteurs de taxi, et des tenanciers d’hôtels se mélangent aux grands noms de l’écriture, et le lecteur se retrouve parfois un peu déboussolé. Mais c’est le principe même, je pense, de l’écriture de voyage : se retrouver dans un endroit qui nous est inconnu, avec des personnes complètement étrangères (au sens premier du mot), et avec des mots parfois incompréhensibles puisque dans une autre langue.

Malgré quelques petits passages qui sont sûrement romancés, je pense que la plus grosse partie du récit est assez autobiographique et j’aime beaucoup ce côté intime que nous livre l’auteur. Vous apprécierez surement aussi les interventions drôles et parfois naïves de l’auteur, en plein milieu d’un passage descriptif. Il réussit à couper le rythme monotone des descriptions pour éviter justement que le lecteur ne s’ennuie.

Le petit plus. Dans la ville de Komsomolsk-Sur-l’Amour, Olivier Rolin rencontre la metteuse en scène Tatiana Frolova et sa troupe. Et pour le coup, cette personne ne m’est pas tout à fait étrangère, puisqu’il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de pouvoir assister à sa représentation de la pièce Je n’ai pas encore commencé à vivre. Ayant vu « en vrai » la comédienne-propriétaire d’un petit théâtre, je peux affirmer que la description physique que l’auteur nous en fait est tout à fait réaliste. Je pense que ce petit plus m’aura aidé à visualiser les autres personnages, et aura ancré ce récit dans une réalité.

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D.E.C.E.M.B.R.E.

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