Et Soudain, la Liberté

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Evelyne Pisier et Caroline Laurent, 

publié aux éditions Les Escales, 2017. 

« Evelyne Pisier voulait raconter l’histoire de sa mère, et à travers elle, la sienne. Une histoire fascinante couvrant soixante ans de vie politique, de combats, d’amour et de drames – le portrait d’une certaine France aussi, celle des colonies et de la contestation, du patriarcat et du féminisme. Nous étions d’accord : il fallait en faire un roman.

Un roman qui, de l’Indochine en guerre à la Nouvelle-Calédonie des années cinquante, de la révolution cubaine à Mai-68, conte les destinées de deux femmes éprises de liberté. Deux héroïnes modernes et indépendantes, révélées à elles-mêmes par Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir.

Tout aurait pu s’arrêter un jeudi de février, à la mort d’Evelyne. Elle avait tissé la trame du livre. Il restait à le mettre en forme.

J’étais son éditrice. Son amie. Elle m’avait confié ses rêves et ses souvenirs.

J’ai terminé le livre. »

C.L »


Je ne sais pas comment vous parler de ce livre, par où commencer, quel thème est le plus important, quels mots utiliser pour vous décrire les émotions qui m’ont assaillies durant la lecture de ce roman. Alors je vais faire simple, ne m’en voulez-pas.

J’ai pris ce livre un peu par hasard, parce que la couverture m’intriguait, le titre aussi et parce qu’il était co-écrit, entre auteure et éditrice. Je ne connaissais Evelyne Pisier que de nom, je ne savais pas grand chose d’elle et je me suis lancée à corps perdu dans cette histoire. 442 pages, je vous avoue qu’il m’a fait peur. Et pourtant…

Dès la première phrase (que vous pouvez retrouver ici), j’ai été happée. L’écriture de Caroline Laurent, sa sincérité, sa féminité, sa simplicité, aussi, m’ont totalement enchantée. Nous aussi, nous retrouvons dans l’intimité de ces deux femmes, que presque cinquante ans séparent. Je vous replace le cadre : Evelyne Pisier, femme de lettres, écrivaine, docteure agrégée de droit public veut écrire un livre sur les combats, l’histoire et la vie de sa mère. Elle contacte Caroline Laurent, son éditrice et lui envoie le manuscrit. A cause, ou plutôt grâce aux rendez-vous professionnels, les deux femmes deviennent amies. Puis, alors que le livre n’est encore qu’en cours d’écriture, Evelyne Pisier décède. L’éditrice se promet alors de terminer le livre et de le publier, en souvenir de leur courte mais néanmoins belle, amitié.

Alors le lecteur tourne les pages, avide de découverte, et il tombe dans l’histoire. Il arrive en Indochine, en 1945, dans la famille d’Evelyne/Lucie. (Pour garder un côté romancé, les deux femmes ont décidé de changer les prénoms. Evelyne sera alors nommée Lucie dans le livre, sa mère « Mona » et son père « André ».) Malgré les apparences, cette famille est loin d’être idéale. Lucie grandit entourée de violence, de manipulation et de racisme de la part de son père. Ambiance terne, qu’elle ne comprend pas, quasi immunisée devant tant de violence. La famille, installée en Indochine connaît également la guerre, les invasions japonaises, les enfermements en camps de concentration. Après la libération, la famille Pisier/Desforêts s’installe à Nouméa auprès des grands-parents maternels. Là encore, l’ambiance est loin d’être au beau fixe. Malgré la naissance du petit Pierre, Mona souhaite de plus en plus se libérer de l’emprise de son mari, haut fonctionnaire. Après plusieurs tentatives de séparation, elle finira par divorcer et rapatriera ses enfants en France, à Nice.

Ce déménagement et ce (deuxième) divorce marquent un tournant dans la vie de Mona, Lucie et Pierre. Mona se découvre des causes et des ambitions féministes, elle veut changer radicalement de comportement et se libérer complètement de la bienséance imposée par son ex-mari. Le lecteur la verra manifester seins nus en mai 68, se battre pour aider des mères-enfants à survivre, il suivra également son combat pour la contraception et la création du Planning Familial. Mona Desforêts (à l’image de Paula Pisier-Caucanas), finit sa vie en luttant, encore et toujours, pour l’association ADMD (Association du droit de mourir dans la dignité). Elle se suicidera en 1988 après un double cancer du sein.

A l’histoire de Mona, est indéniablement liée celle de Lucie. Lucie aussi, une fois à Paris suit sa mère dans ses combats, mais en les politisant. Elle défend la Révolution et partira avec un groupe d’amis en voyage à Cuba. Là-bas, elle rencontrera Fidel Castro, avec qui elle aura une liaison. Grâce à cet ouvrage, nous découvrons l’autre visage du dictateur cubain. Un visage tendre, amoureux, emplit de tendresse pour sa Lucía. Elle est là aussi, la beauté de ce livre : dénoncer des personnages considérés comme des héros et montrer le visage doux et sensible de personnages historiques réputés tyranniques. 

Sans titre 7

L’écriture est simple, agréable et fluide, elle nous touche en plein cœur. Entre fiction et réalité, le lecteur est balloté entre l’amitié entre l’auteure et son éditrice et l’histoire cruelle mais réelle de la mère et de la fille. Caroline Laurent insère des morceaux d’elle à l’histoire d’Evelyne et la rend d’autant plus réaliste. Se superposent trois générations (quatre de temps à autre), et le lecteur s’intègre parfaitement à toutes ces générations, même s’il n’en n’a connu aucune (ce qui est mon cas).

J’ai vraiment adoré ce roman, que j’ai dévoré d’une traite (en 3 jours, les presque 450 pages étaient avalées). Je le conseille à toutes les personnes qui aiment à la fois les fictions et les romans historiques ; à toutes les personnes aussi, qui sont désireuses d’en connaître plus sur l’histoire d’Evelyne Pisier et le pourquoi de certains de ses comportements. C’est un roman qui vous fera rire et pleurer, qui vous ouvrira les yeux sur la réalité de notre Histoire, et vous fera comprendre aussi, sans pour autant adhérer, les actions des adorateurs de Pétain.

Ce roman, c'est l'histoire de plusieurs choix. Des choix cruciaux qui changeront la vie de toutes ces femmes.

 

ATTENTION, COUP DE CŒUR.98173

 

004489388

D.E.C.E.M.B.R.E

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8 commentaires sur « Et Soudain, la Liberté »

      1. Je viens de lire ton article et tu en parles beaucoup mieux que moi, j’ai l’impression d’avoir oublié tellement de choses à dire sur ce livre … mais en même temps on ne peut pas le raconter… il est trop fort, trop émouvant, trop chamboulant…

        Aimé par 1 personne

      2. C’est clair, chacun a sa propre lecture de ce livre, les émotions qu’il suscite sont très personnelles et il est difficile d’avoir un avis objectif. J’ai personnellement eu beaucoup de mal à me plonger dans la lecture d’un autre roman après celui-ci.

        Aimé par 1 personne

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