La Grande Roue 

image_6483441 (10)

Diane Peylin, 

publié aux Editions Les Escales, 2018. 

« Eté 1986. Emma rencontre Marc au pied d’une Grande Roue. Elle a dix-neuf ans, et le coeur d’une poupée. Lui est déjà un homme. Commence entre eux une histoire d’amour. Intense. Urgente. Si forte qu’on en oublierait que les plus beaux contes cachent parfois des ogres…

Au côté d’Emma, il y a Tess qui avance dans la nuit, David au sommet d’une montagne et Nathan dans le bureau d’un flic. D’autres destins, d’autres chaos.

Les blessures de la vie les ont isolés du reste du monde. Ils marchent. Trébuchent. Se relèvent. A la recherche de leur identité.

Dans ce labyrinthe romanesque, où Lynch rencontre Kafka, le réel a besoin des chimères pour se révéler. Et permettre, petit à petit, à toutes les pièces du puzzle d’Emma de se compléter. Emma qui n’est pas qu’une poupée. »


Roman à quatre voix, destins croisés, maltraités, brisés. Qui sont ces quatre personnages qui avancent à tâtons dans la vie ? Qui sont-ils, ceux qui marchent d’un pas maladroit, qui semblent ne pas voir les autres ? Quelle est leur histoire ? Comment vont-ils s’en sortir ?

Emma, douce poupée r(o)usse de 19 ans. Elle a ce besoin de se sentir aimée, chérie, choyée. Sa rencontre avec Marc sonne comme une délivrance, une reconnaissance. Enfin elle sort de l’ombre, elle se sent désirée, belle, mise en valeur. Leur histoire avance vite, très vite… peut-être trop vite. L’emménagement, le mariage, le premier enfant, le deuxième… le premier coup

Nathan est là, comme tous les mois, dans le bureau du commissaire Fields. Ce commissaire enragé qui, depuis des années, ne lâche rien et tente de percer la vérité. Nathan, lui ne comprend pas ce qu’il fait là, encore. A quoi bon s’acharner ? Pourquoi remuer le couteau dans la plaie ? Pourquoi ne pas simplement oublier et vivre ?

David roule, suivant la route sinueuse qui l’emmènera jusque dans un petit village de montagne, où il est attendu par Eric et sa femme. Il va les aider aux travaux d’hiver à la ferme. Personnage kafkaïen, David est mystérieux, peu bavard, travailleur mais très maigre. Le visage éteint, le teint blême, chétif, fragile. Qui est-il véritablement, cet homme qui semble souffrir d’amnésie ? Que cherche-t-il ? Et pourquoi ses nuits sont-elles rythmées d’angoisses et de cauchemars ?

Tess marche. Elle ne fait que ça. Elle déambule dans la ville, la nuit. Robe rouge, talons hauts et manteau noir. Vision brouillée, cerveau vaporeux. Sans penser, jamais, clac, clac sur le bitume. Rencontres, sans parler. Mains salies, rougies, ensanglantées. Marcher, sans but, oublier.

Sans titre 7

i m p r e s s i o n    g é n é r a l e : une énorme claque. Encore une fois, je me suis retrouvée bouleversée, transportée, attristée mais changée, par un roman des Editions Les Escales. Je commence d’ailleurs à croire que cette maison d’édition va devenir ma préférée de tous les temps, si tous les romans que je lis me font autant d’effet! Je ne pensais pas être touchée par tous les personnages. J’avais un peu peur du cliché qui aurait pu être dessiné dans la relation abusive Emma-Marc, mais non. Je descends de la Grande Roue, chamboulée, retournée, avec un poids sur le cœur.

l e    s t y l e    d e    l ‘ a u t e u r : bluffant. Ecrire quatre histoires différentes, qui à priori, n’ont rien à voir les unes avec les autres, dans un même livre n’est pas facile. Décrire quatre personnages, de sexes et d’âges différents, sans tomber dans le pathétique ou le cliché, ce ne doit pas être simple non plus. Et pourtant, Diane Peylin nous emmène dans quatre vies différentes, bien définies les unes des autres, bien éloignées, aussi. Chaque personnage a sa façon de penser, de parler, d’agir, d’interagir. Et le style d’écriture change en fonction des chapitres. Je suis particulièrement touchée par le style utilisé pour les parties de Tess. Une façon décousue, morcelée, chancelante d’écrire. A travers les mots, on voit la silhouette. Le son des talons qui résonnent contre le bitume se répercute en nous grâce aux mots, aux allitérations, aux accumulations.
Pour les chapitres concernant Emma, c’est une autre forme d’écriture qui entre en jeu. Une impression de rapidité, d’essoufflement, de trop plein. L’écriture change en fonction des personnages, de leur histoire, et je pense que c’est le seul moyen de résumer l’écriture magnifique et touchante de l’auteur.

l e    p e t i t    p l u s : la fin. Mais je ne peux pas vous en dire plus. Je peux simplement vous prévenir que vous ne le verrez pas venir, du moins pas tout de suite.

e n    b r e f : Un énorme Merci à Diane Peylin qui a su me transporter dans quatre histoires aussi touchantes les unes que les autres. Un livre qui dénonce la cruauté de certaines relations, qui met des mots sur les maux de beaucoup trop de femmes. Une oeuvre qui permet de comprendre, aussi, d’un point de vue extérieur, pourquoi personne n’ose parler. La culpabilité, l’envie de retrouver la douceur d’avant… Et surtout, les conséquences sur l’entourage de ces personnes. Le déchirement d’une famille. La reconstruction, le deuil, l’envie de comprendre, d’aller de l’avant. Des sentiments forts, puissants, et réellement bouleversants.

PS : je pense ne pas vous offrir de citation pour ce livre-là. Déjà parce que je ne saurais pas dans quel chapitre la choisir, et en plus, parce que tous les mots posés dans ce livre sont justes, ont leur place et leur importance. Il n’y a pas un passage plus intéressant qu’un autre, plus authentique, plus représentatif de l’histoire. (Du moins, c’est mon avis. Si vous l’avez lu et qu’il y a un passage qui vous a plus touché, n’hésitez pas à le partager en commentaire !)
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s